VIENT DE PARAITRE
aux Editions Limitées
LA SUITE PROFESSORALE
par Hervé Federspiel
24 pages agrafées
7 poèmes dont 2 pastiches
couverture bristol, format demi A4
VIENT DE PARAITRE
aux Editions Limitées
LA SUITE PROFESSORALE
par Hervé Federspiel
24 pages agrafées
7 poèmes dont 2 pastiches
couverture bristol, format demi A4
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EXTRAITS
1. (Cancres damnés)
[...] Ô élèves, ô démons, ô monstres, ô débiles,
Du réel sans esprit vous êtes les sectateurs,
Chercheurs de zéro et zombies immobiles,
Tantôt tout pleins de cris, tantôt pleins de stupeur, [...]
(D'après C. Baudelaire, Femmes damnées, in Les Fleurs du Mal)
2. (Sans titre)
Elle avait déclenché un cancer
Sous la pression de sa hiérarchie,
Ils l'avaient fêté au vin de Sancerre,
Dans ses cellules, c'était l'anarchie.
3. (Derniers cours)
Il y aura des journées et des temps difficiles
Et des heures de latence qui semblent insurmontables
Où l'on stagne bêtement les deux bras sur la table
Où la vie suspendue ne tient plus qu'à un fil ;
Cher collègue je t'entends qui marche dans la salle. [...]
(D'après M. Houellebecq, Derniers temps,
in La Poursuite du Bonheur)
4. (Divorce à l'amiable)
[...] N'ayant eu aucun goût spécial pour le néant,
Le suicide est un leurre, la vie est préférable,
Et je me tiens debout autant que sur séant,
Malgré tous les malheurs ça reste à peu près stable.
Impensable est la fuite, il reste son parfum,
Qui attendra la suite, il est temps, je mets fin.
Pas de deuxième chance, pas de deuxième souffle,
Néanmoins je relance la boule de ma moufle.
Pourquoi ça continue ? C'est le continuum,
Le chant du canard nu à la tête coupée,
L'éréthisme fluvial et le pandémonium,
La tautologie pâle et le double loupé
Pour qui n'est qu'un légume traversé de lacunes,
Bavant sa maigre écume dans la boue des lagunes
Où des hominidés ont rompu toute digue,
Je ne suis plus guidé que par la longue fatigue, [...]
(Ecrit sur place en mars 2011
dans les conditions et les plages horaires
du fonctionnaire en service)
LE PROFESSEUR
LES EDITIONS LIMITEES
Parce que la vie est limitée
(tout comme l'individu).
La Suite Professorale (LSP) est le premier livre
publié par Les Editions Limitées (LEL).
Les Editions Limitées ont pour principe évident la conscience des limites, les siennes d'abord mais aussi celles des autres, sur un plan plus "général", et dans son entreprise ce principe se matérialise par la limitation des tirages.
La Suite Professorale a été pour l'instant tiré à 20 exemplaires personnalisés manuellement, or il ne faut pas s'attendre à plus par la suite, même en réédition simple, non numérotée.
Par ailleurs et à l'avenir, Les Editions Limitées prévoient de répondre au désir de publier vite de courts textes qu'il aurait été incongru de soumettre aux délais habituels de gros éditeurs et à leur lourde machinerie. Les Editions Limitées peuvent les publier sur le pouce, encore frais, s'il s'agit par exemple de la retranscription d'un rêve fait la veille. Celui-ci prendra dès lors la forme d'un livre de quelques pages sorti en lot confidentiel, réservé à un lectorat ciblé (jusqu'à l'atteindre au coeur), et ce livre fera presque figure d'objet-livre appelant le collectionneur, étant donné que c'est là un produit à part, comme une oeuvre en petite série. Et ensuite tous les livres proposés par Les Editions Limitées seront aussi "fait maison", une fabrication locale qui se situe à contre-courant de la production massive et de la course aux records de vente caractérisant "le monde de l'édition" actuel.
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QUELQUES EXTRAITS :
Il ne faut pas que les enfants
restent enfermés dans leur classe. (...)
Très tôt ils doivent être confrontés
aux beautés de la nature et initiés à ses mystères.
C'est dans les forêts, dans les champs,
dans les montagnes ou sur les plages
que les leçons (...) auront souvent le plus de portée,
le plus de signification.
Il faut apprendre à nos enfants
à regarder aussi bien le chef-d'oeuvre de l'artiste
que celui de la nature.
Nicolas Sarkozy, Lettre aux éducateurs.
(Rapport sur la 3 ème C)
Comme d’habitude, la 3 ème C est arrivée en classe dans un chaos fractal. Certains se sont dirigés tout droit vers une fenêtre, ont cogné dessus en braillant des insanités en direction d'élèves de 3 ème D et E. Les crieurs sont Oxana, Snoop et Tabbata, la palme revenant à Fadjony qui a particulièrement soigné son entrée (il est à noter que son retour coïncide avec celui de Sylvester Stallone au premier plan). (...) Fadjony a fait des pompes, par séries de vingt. Fort de son action il a paru y trouver plaisir et remotivation. Devant des filles bouche bée, "bluffées", il a même obtenu un accessit. Cela confirme que dans un cours d'arts plastiques (AP) la pratique est facteur de revalorisation. Après cette "entrée en matière", Fadjony a pu aller plus loin dans l'exploration de la thématique centrale en AP pour le niveau 3ème : << L'oeuvre et le corps >>. Et c'est bien de ça dont il s'est agi quand il a baissé son pantalon, qu'il portait déjà très bas sur les cuisses, et en a sorti son "paquet". De plus, dans un souci de débat citoyen, il a tenu à parler au reste de la classe : << C'est qui qu'a les plus grosses ici ? >>. Littéralement à cet instant, j'ai pu voir qu'il s'en "débattait" les couilles en les portant à pleines mains. J'ajouterai aussi (...) que Fadjony s'est exprimé à l'interrogatif, ce qui dénote un certain degré d'ouverture au monde. Et puis il a aussi voulu établir le dialogue avec un représentant du corps professoral (moi) : << T'aimerais en avoir une comme ça, hein ? >> Il tombe sous le sens qu'à ce niveau de langage et en dernière année de collège, Fadjony a réalisé en quasi autonomie l'objectif visé, qui est d'être prêt à insérer sa compétence, ses savoir-faire et son savoir-être dans la niche des recherches supérieures au lycée.
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(Réveillon contestataire)
Au collège, l'appariteur verrouille les portes et les grilles, les festivités peuvent commencer. La cohorte de fonctionnaires trottine vers la salle des profs transformée pour l'occasion en salle de banquet. Le prof de loisir et création ouvre la marche. Personnage atypique portant casquette en cuir, chemise hawaïenne, grosses bagues à tête de mort et colliers de coquillages, il est un hybride aberrant entre Carlos et Lemmy du groupe Motörhead, deux chanteurs que tout semble opposer. En outre, Charlie, parce que c'est ainsi qu'il se prénomme, est un artiste peintre très ancré dans la vie locale et des luttes sociales plus ou moins absconses. Il a autrefois flirté avec le trotskysme, et aujourd'hui c'est lui qui s'occupe de la décoration avec le jardinier du collège, un employé Cotorep à syndrome de La Tourette. Charlie a tressé des guirlandes multicolores dans du papier crépon pour égayer les murs. Il a grappillé tout le matériel pédagogique pouvant être détourné de ses fonctions, et qu'importe si celui-ci est soldé par le contribuable, car ce soir c'est dit, et Charlie ne s'en cache pas (...) : << Faut bien se payer sur la bête, les gars. Croyez-moi, il reste encore de la bidoche sur le mammouth ! >>.
Du côté du prof de websurf, les premiers bouchons sautent avec fracas (...). Le prof de djembe assume à merveille son rôle d'hurluberlu au goulot, et si le commun des mortels se représente volontiers ces employés de la fonction publique se contenter de mousseux, c'est une idée reçue. (...) Grâce à la prime octroyée par leur ministre de tutelle, soit 3€/annuel par tête, mais aussi et surtout grâce à la caisse noire du foyer, ces profs ont pu s'offrir du champagne, bas de gamme certes, mais du vrai. Ils le versent en tremblotant, de peur d'en perdre une goutte, dans des verres Duralex assortis aux assiettes empilées sur un range-dossier.
(...) Du coup certains peinent à se mettre debout, même s'ils ont gardé le réflexe professionnel de glisser des pièces dans la machine à café, ce qui leur vaut d'être chambrés gentiment par leurs collègues. L'ambiance est plutôt bon enfant, à peu près identique à celle d'une colonie de vacances. Près du buffet, un quarteron tire aux fléchettes sur un buste de Marianne que Charlie, encore lui, a badigeonné d'une mixture de plâtre et de gouache jaunâtre. Yves et Gaëtan, le prof de divertissement culturel, s'en donnent à coeur joie, un petit air de revanche étant perceptible dans leur entrain. Charlie les galvanise et pousse la sono sur l'appareil commun, il enchaîne cassette sur cassette et reprend la gestuelle hystérique de feu Michael Jackson, son idole. << Beeaaad itttt – beeeeadd iiiit >> braille-t-il d'une voix nasillarde, comme une chèvre du Larzac, en passant la moon walk à la moulinette. Charlie rate complètement son triple axel et se rétame dans le sapin. Tout est par terre maintenant. Sous un tas d'épines, une pelote de tissu floral s'entortille dans un réseau de clignotants jaune, rouge et vert.
Cloéduc, la machine à merder, d'après Cloaca de Wim Delvoye.
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(SVT)
Au vu de mon inaptitude à faire régner l'autorité, le rectorat m’a adjoint une tutrice à l’année, une enseignante rouée qui ne connaît pas de problème avec ses élèves. Nadine Savet, professeur de SVT (Sciences et Vie de la Terre), a su établir avec eux une relation fiable.
(...) Nadine ne capitule à aucun exercice physique pour ne pas appartenir à l'espèce des pétasses décervelées. Du coup elle n’a plus de corps, ou plutôt elle n’est qu’une tête hirsute, un tronc aux seins lourds qui s'affaissent sur son abdomen replet. Mais qui sait pourtant si Nadine ne pratique pas le nudisme en appartement ? Je visualise mentalement sa toison grise, sa chair adipeuse veinée de rose, ses jambes courtaudes à poches d’eau plantées comme des poteaux, quand une main prend la mienne, j'ouvre les yeux.
— Coucou Verrière !
Je salue Nadine et lui fais part de mon marasme matinal :
— Quelle chienlit, ils sont déjà surexcités le lundi à huit heures.
Elle relativise aussitôt :
— Les petits pioupious... je les retrouve bien là.
Et puis sans prévenir elle me frictionne les cheveux.
— Oh boudouboudou, ne fais pas cette tête, tu ne vas quand même pas te morfondre pour si peu. Tiens, je t'ai apporté ça, de quoi te rabibocher le moral pour la semaine.
Elle sort un DVD de son cabas.
— Tu verras, c'est sublime, un mélange d'art de rue et de cirque sauvage.
Nadine m'a déjà proposé de troquer nos biens culturels, que ce soient des revues pour profs, des disques pour profs, des livres pour profs ou des films pour profs. Je me fige en triturant la jaquette bariolée.
Elle s'asseoit à côté de moi, plisse les paupières, chuinte :
— J'entends le désagrément que tu exprimes, j'y discerne même une certaine souffrance, et si tu veux un conseil, ne crains pas de verbaliser ton ressenti aux élèves. Tu peux leur dire par exemple : << Ce que je reçois de vous ne me fait pas plaisir >>, et en même temps tu feras un geste fraternel. Les élèves sont particulièrement sensibles à ces marques de confiance. Surtout n'oublie pas une chose, ceux que tu appelles parfois de façon péjorative << adolescents >> sont encore de grands enfants. Pas plus tard qu'hier, l'un d'entre eux m'a dit : << Vieille peau, je préfère encore me taper une chèvre >>, je lui ai répondu très calmement : << Cela me peine que tu parles ainsi des petits animaux de la ferme >>, eh bien tu ne me croiras pas, il s'est mis à me cracher dessus.
— Peut-être a-t-il confondu la chèvre et le lama ?
— Dans ce cas sa réponse ne partirait pas d'une mauvaise intention mais d'une confusion somme toute assez touchante, c'est épatant à quel point ils ne veulent pas grandir.
Il me semble que Nadine Savet a pété un léger câble depuis qu’elle est devenue mère. Je me demande d'ailleurs qui a bien pu la féconder, si ce n'est pas le résultat d'une séance de manipulation qui a mal tourné dans son labo. Quoi qu'il en soit, elle projette dorénavant sur ses élèves une reproductibilité illimitée, identique à son usage de la photocopieuse. Elle parle de << ses enfants >> innombrables avec qui elle tisse un lien affectif de mère anthropoïde, le seul qu’ils recherchent à son avis. Elle se vit en surmère de toute une portée acnéique qu’elle aurait à sa charge pour les sauver du naufrage. Elle les treuille à la surface et leur applique un bouche à bouche ardent qui les requinque, leur permettant de se hisser jusqu’à des hauteurs insoupçonnées d’eux-mêmes, avec pourquoi pas les félicitations en bonus. Elle admet volontiers un tempérament quelque peu excessif.
— Je les materne trop ces gros bébés, ils n’ont pas évolué depuis le CP, mais c’est fini, maintenant je ne me laisserai plus avoir, ils auront droit au piquet.
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(Gueule de bois en 5 ème A)
La 5 ème A prépare l’élite de la nation et ses professions haut de gamme, ils ne seront pas professeur de collège et je ne suis qu’un rouage adventice à leur ascension qu'ils respectent par principe tout en exprimant une sorte de regret anticipé, car ils savent qu'à l'égal des caissières je serai bientôt remplacé par un pupitre intelligent dans une salle pédagomotique (la pédagomotique étant à l'école ce que la domotique est à la maison). J’ai donc la tâche ingrate mais peu ardue de leur apprendre à ne pas devenir moi, ce qui est assez schizophrène. (...) Et moi qui n’ai rien préparé, je n'ai plus qu'à improviser pour me sortir de ce mauvais pas et rehausser mon statut défaillant. Je pourrais leur en remontrer par la mythologie, bien qu'elle ne soit pas au programme de la matière, elle en bouche toujours un coin, aussi je me jette à l'eau plein d'espérance : << Médusé par la Méduse, le gladiateur est aveuglé illico, Icare a tort de faire confiance à papa et Eurydice trop indécis en paiera le prix pendant qu'Ulysse, lui, a fait un beau voyage. >> La classe gronde et deux ou trois élèves pointent à nouveau ce qu'ils déplorent comme des erreurs grossières. Ils sont affûtés, pire, plus cultivés que moi dans ce domaine où je me suis fourvoyé avec pour tout viatique de vieux restes du secondaire jamais relus depuis, misant sur une mémoire esquintée par un mode de vie discutable. Ça y est, ils sont lancés, me narrent par le menu l’Iliade et l’Odyssée sans que je ne leur ai rien demandé. Ils me tourmentent d'objections sagaces qui me parviennent dans un caisson vibrant au moindre son, et le timbre strident de leurs mues m’exaspère, déchaîne une série de tressaillements nerveux qui me handicapent, je vis en direct ma déconfiture avec l’abattement qui en découle. (...) Les élèves me regardent m'incliner vers mon cartable d’éternel écolier où je fais semblant de chercher un papier pour me cacher des érudits.
(...) Je grogne :
— Putain, je suis mal.
— Ce n’est pas bien les gros mots, monsieur.
Les petits salauds me reprennent. Je ne sais pas si c'est un complot mais certains d'entre eux parlent plusieurs langues comme s'ils voulaient me ridiculiser de n'être pas au moins bi ou trilingue. Je vais leur apprendre à se taire, que je puisse cuver tout mon soûl. Ils revendiquent plus d’autorité, d'accord, je leur ôte le droit de revendication en leur décernant un exercice inédit. Ils ont à tirer au sort une phrase qu'ils écriront ad libitum sur une grande feuille sans ponctuation ni majuscule, du premier au dernier interligne, et en micrographie, soit de la graphie la plus petite et la plus serrée possible à l’encre bleue. S'ils exécutent la consigne ils auront 20/20 sinon ils auront 0/20, il n’y a pas de note intermédiaire dans ce devoir ayant pour titre Les colles/ L’école, encore un jeu de mots dont ils se seraient bien passés. Pourtant ils ne rechignent pas, ce sont de bons élèves qui se mettent au travail de manière quasi automatique.
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(L'idole et l'amoureuse)
C’est une classe idéale et elle m'est agréable, grâce à eux et par effet domino, je suis adulé de tout le collège qui a lui aussi évolué pour devenir un établissement pilote. Les moeurs des élèves y ont connu un véritable bouleversement, à tel point qu'il est à la mode d’être bon élève, "d’assurer" en cours et même d'être premier de sa classe. Les codes vestimentaires se sont vite adaptés à la tendance, réhabilitant la jupe écossaise, les pantalons et les gilets en flanelle. A l'arrivée, les canons esthétiques se sont infléchis vers un classicisme de bon aloi et l'uniforme du prétendant aux grandes écoles remporte à présent tous les suffrages. Seul un grand gaillard à la physionomie de basketteur, revêtu d'un jogging de velours où sont imprimés des dollars, se targue de résister aux diktats de l'époque. Il écoute de la musique au casque, je le lui retire sans sommation. Le flonflon assourdissant d'un tube de musette s'en échappe, et pour le pénaliser je lui confisque son MP4 en dénonçant à voix haute sa playlist :
Le petit bal
Coeur vagabond
Eglantine
Le doux caboulot
C'est la guinguette
Reviens guincher sur le balcon
Dimanches au bord de l'eau
La Nénette à Gégène
Y'en aura pour tout l'monde
Java comme tu veux
Au bas de celle-ci, un polaroïd scanné le montre qui plastronne un accordéon sur son poitrail, et maintenant il me bigle comme s'il avait la berlue, selon toute vraisemblance les méninges encore sous l'emprise de la valse, car il s'obstine à fredonner :
En bagnole les roubignoles
Emmène-moi aux Batignolles
Cela dépasse les bornes. Je l'exclus sans pitié ni autre forme de procès. Il s'en va penaud et n'essaie pas de discuter ma décision, je suis estomaqué. D'habitude il fait partie de ces élèves toujours prêts à rendre service, je le trouve même un peu lèche-botte, ce dont je lui ai souvent su gré. Mais quelle mouche l'a piqué ? Hier encore il me tannait pour effacer le tableau et balayer la salle, quel gâchis, tant pis, un autre se propose déjà de le suppléer qui récolte en plus les devoirs sur table pour me les ramener. De mon côté je dédaigne le carnet d'absences puisque le délégué s'en charge et procède au recensement de ses camarades, après quoi il me soumet la fiche que je paraphe d'un mouvement machinal. Ces collégiens accomplissent tant et tant de choses que je n’ai plus rien à faire, et pris au dépourvu je m'enfonce dans le fauteuil, un demi-sourire aux lèvres.
(...) L'amoureuse a embelli entre deux cours. Les métamorphoses adolescentes sont par nature spectaculaires, toutefois celle-ci défie les lois du genre. Elle est aussi intimidée que moi par sa beauté neuve et n’ose plus me regarder dans les yeux, elle rougit, se cache derrière une de ses mèches et se fend tout de même de quelque audace avant de s'enfuir dans la salle. Elle revient s'asseoir devant moi sur la table vacante au premier rang et n'obéit plus quand je lui ordonne d'aller à son pupitre. Elle ne travaille plus non plus mais ne m'empêche pas d'enseigner, elle me considère juste sans bouger, me parlant tout bas pendant les contrôles. Ses camarades ne semblent pas la voir, ils sont indifférents, ils continuent leur travail, et de toute façon depuis qu'elle campe devant mon bureau aucun élève ne s'y aventure ni aucun groupe ne s'y agrège, elle a délimité son territoire et occupe tout l'espace.
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Sommaire :
. Bordel en 4 ème B
. Courriel
. Rapport sur la 3 ème C
. Manifeste du SneX
. 6 F
. Collège-vitrine
. Cruelle éducation
. Journal interne
. Réveillon contestataire
. Une inspection
. SVT
. Agrégation externe
. Gueule de bois en 5 ème A
. Échange de courriels
. A la découverte du Makado
. Lettre à un jeune animateur
. L'idole et l'amoureuse
. Éléments de bibliothèque
Le résumé :
Chroniques Scolaires se présente comme le carnet de liaison d'un collégien (vu sous l'aspect extérieur que lui confère son habillage), mais à l'intérieur, il contient 18 chroniques illustrées pour la plupart.
A chaque chronique, le narrateur ou la narratrice, professeur ou bien élève, change. Quant aux autres personnages, ils abondent, à l'instar des situations, péripéties et rebondissements, qui s'enchaînent en séries d'épisodes particulièrement gratinés.
Il y a de l'action, du suspense, plusieurs dérapages et même de l'amour. Il faut relire les titres du sommaire pour s'en faire une idée alléchante.
D'un point de vue formel, les genres se multiplient en parallèle :
récit, article de presse, poème, parodie, manifeste syndical,
publication scientifique, rapport officiel, mixage de citations...
Et les styles ne sont pas en reste non plus :
réaliste, provoquant, docte, humoristique...
Concernant cette dernière catégorie, l'humour, Chroniques Scolaires en traverse tout le spectre, de l'humour noir jusqu'à la farce potache, et loin de toute une littérature plaintive ou catastrophiste qui s'accumule au sujet de l'école, il s'agit d'une comédie.
A l'évidence, les enseignants s'y retrouveront, reconnaissant leur quotidien tourné en sketches, et ils en tireront distraction et réconfort.
Mais Chroniques Scolaires ne s'adresse pas exclusivement à eux. En effet, l'ouvrage a été conçu avec le souci pédagogique de renseigner les non-profs sur l'univers "très particulier" de l'Education nationale, et à ce titre il est scolaire, en soi instructif, enrichi d'informations les plus exactes qui soient.
Si celles-ci sont souvent surprenantes, elles s'inscrivent toutefois parmi le lot de surprises surgissant ici et là de manière fréquente, telles que ces jeux de renvoi entre les chroniques qui se relient l'une l'autre par ce biais.
Ainsi, une énigme comme celle de la couverture ne se dissipera qu'à la fin du livre.
L'auteur :
Né à Metz en 1967, Hervé Federspiel vit à Paris. Titulaire d'un doctorat en arts plastiques soutenu à la Sorbonne, il a beaucoup exposé en tant que plasticien (peinture, photographie, installation). Désormais, c'est à l'écriture qu'il se consacre (poésie, roman, chronique).
En 1997, il est sélectionné à la Biennale des jeunes créateurs d'Europe de la Méditerranée, à Turin, où il représente la France (sic) dans la catégorie "littérature et poésie". A cette occasion, son roman 8 jours 2 vies privées est traduit en italien et publié aux éditions Lindau. Peu de temps après, au Centre International de Poésie à Marseille (CIPM), il devient lauréat des Inédits, distinction qui récompense chaque année quatre poètes. Par la suite, il publiera à plusieurs reprises dans la revue du CIPM, Le cahier du refuge, et fondera à son tour sa propre revue [Kabine], regroupant auteurs et plasticiens.
Dans cet esprit d'échange, il collabore souvent avec des spécialistes d'autres disciplines, chanteurs, graphistes ou stylistes, comme son épouse Jennifer Thieblin (qui a sa marque Les Créatures, sa boutique Les Etoiles, et qui organise la vente privée Des filles en aiguille). Sous cette influence tripartite, Hervé Federspiel a lancé en 2005 une collection de sous-vêtements : Lingerie Philosophique, à laquelle les médias ont accordé un certain écho.
Malgré tout, il a dû encore exercer différents jobs plus ou moins reluisants avant d'être admis au concours de professeur pour le second degré. Il enseigne depuis dans un "collège-vitrine" d'Ile-de-France et il faut croire que cette activité lui accorde assez de temps pour ses "rédactions".
Ainsi a-t-il publié en 2010 un premier roman, Luc et Clémence, aux éditions Le moulin de l'Etoile, et grâce à l'accompagnement thérapeutique de son bouillonnant directeur, Jan Demeulenaere, il récidive aujourd'hui avec ses Chroniques Scolaires.
Comment se procurer Chroniques Scolaires ?
C'est assez simple :
Vous pouvez communiquer avec le "prof-auteur"
via ce blog (cliquez sur "me contacter" en haut à gauche),
s'adresser à la maison d'édition pour demander un envoi :
info@lemoulindeletoile.com
ou encore passer commande auprès de votre libraire favori.
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