Hervé Federspiel

Catégories

  • APHORISMES
  • ARTS PLASTIQUES
  • CARDLAND
  • CHANSONS
  • CHRONIQUES SCOLAIRES
  • EXPOSITIONS
  • L'EPOQUE
  • LA SUITE PROFESSORALE
  • LE POETE
  • LE TROU
  • LINGERIE PHILOSOPHIQUE
  • LUC ET CLEMENCE
  • MARILYN
  • MODE
  • PHOTOGRAPHIE
  • PUBLICATIONS
  • TESTICULE GAUCHE
  • VANITES
  • Y

liens

  • Les Créatures
  • Michel Lascault
  • Editions Le Moulin de l'Etoile

1ère de couv LSP
A Mlle ou Mme,
professeur d'arts plastiques
peut-être à Massy ou aux Ulis.

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

Récitation de ma poésie au programme :


                 CXI — CANCRES DAMNÉS


Comme un bétail passif sur des tables couchés,
Ils tournent leurs yeux morts vers l'horizon mural,
Leurs pieds sont en baskets et leurs mains relâchées,
Ils ont des flatulences et rotent à l'oral.

Les uns, couenne transie de longue indifférence,
Au fond des salles de classe où ils forment silo,
Babillent avec la langue des furtives enfances
Et rongent le plastique de leurs vacants stylos ;

D'autres, comme des ombres, marchent lents et graves
A travers les cloisons garnies de punitions,
Où saint Antoine a vu surgir comme des larves
Leurs faces nues et fades d'aucune tentation ;

Il en est, aux lueurs des matins s'écroulant,
Qui dans un creux muet aux taches d'encre rondes
T'insultent alentour de leurs gosiers hurlants,
Ô Satan, reprends donc tes créatures immondes !

Et d'autres, condamnés combien d'années scolaires
Qui, recélant Kleenex sous leurs longs vêtements,
Mêlent, dans les coins sombres du plaisir solitaire,
La bave de la rage aux larmes du dément.

Ô élèves, ô démons, ô monstres, ô débiles,
Du réel sans esprit vous êtes les sectateurs,
Chercheurs de zéro et zombies immobiles,
Tantôt tout pleins de cris, tantôt pleins de stupeur,

Vous que dans votre enfer j'aurai dû me traîner,
Pauvres cancres, je vous hais autant que je vous plains,
Pour vos mornes ennuis, vos identiques aînés,
Et les urnes de vide dont vos cerveaux sont pleins !

........................

Las, j'entends le pin-pon des pompiers dans la nuit,
Ils viennent me chercher, j'aurais pu m'en douter,
La camisole de force n'est pas ce qui me nuit,
Après avoir vécu comme un marabouté.

(D'après C. Baudelaire, Femmes damnées, in Les Fleurs du Mal)

                      (Ecrit pendant les quatre heures de cours
               en matinée du dix-sept novembre deux mille dix).

Cela m'apprendra blog
Cela m'apprendra,
stylo à encre et feutre sur feuillet à grands carreaux découpé, 21 x 21 cm, 2011.

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

Elle avait déclenché un cancer
Sous la pression de sa hiérarchie,
Ils l'avaient fêté au vin de Sancerre,
Dans ses cellules, c'était l'anarchie.

Black rainBlack Rain, stylo-bille sur dessin au feutre, papier 80g, format A4, 2011.

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

                  DERNIERS COURS


Il y aura des journées et des temps difficiles
Et des heures de latence qui semblent insurmontables
Où l'on stagne bêtement les deux bras sur la table
Où la vie suspendue ne tient plus qu'à un fil ;
Cher collègue je t'entends qui marche dans la salle.

Il y aura des copies rendues et corrigées
Des illusions perdues des nouveaux fatigués
Des leçons inutiles des émargements vides
Des cours sans bouger sous les néons livides.
Il y aura l'ennui qui me suit sans congé

Qui s'approche de moi, qui me regarde en face
C'est bien lui l'inspecteur, son oeil torve est tenace
Il me réserve le pire de son bâton de colle,
Il écrit mon avenir sur ses fiches de bristol
Il descend sur l'école en capuchon de glace.

Il y aura une fin tu le sais cher collègue
Il y aura la retraite et les tout derniers jours
On oublie assez vite, les classes et le collège
A la prochaine rentrée sur une toute autre berge
Je tomberai malade, et puis, je tomberai tout court.

(D'après M. Houellebecq, Derniers temps, in La poursuite du bonheur)

 

Blue SkyBlue Sky, stylo-bille sur dessin au feutre, papier 80g, format A4, 2011.

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

A Massy-Palaiseau
On ne perd pas les eaux,
C'est un cancer des os
Pour cette prof sans ISO.

Pluie Noire (en thème)Pluie Noire (fort en thème),
stylo-bille sur dessin au feutre et crayon, papier 80g, format A4, 2011.

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

                            TRIPALIUM


Chaque matin à la porte pour ma prise de fonction,
Dans la boîte je guette, avec appréhension,
Une convocation, l'annonce d'une inspection ;
Bientôt ils vont venir pour mon exécution.

A coups de câble, de schlague, à coups de nerf de boeuf,
Je suis assez lyrique quand il s'agit de trique !
L'épée de Damoclès aiguise ses tumeurs,
Je sais où le bât blesse et où me serre la vis.

J'aurais bien pris le risque d'une génuflexion,
Mais cela m'exposerait sans doute à une sanction,
Allez remets-m'en une derrière la nuque, bourreau !
Qu'importe, je suis déjà derrière les barreaux.

Ils ont leurs propres codes qu'ils appliquent à la lettre
Sans enfiler de gant et donc sans aucun tact,
Avec des électrodes ils les comprennent peut-être,
Mais il faudrait leur dire : j'ai perdu le contact.

Si je pense au chômage, au divorce qui s'en suit,
Mes perspectives de rêve profilent mon quotidien
Aux naufrages intimes, aux orages de suie ;
Des couples font l'amour à l'hôtel Méridien.

J'aurais besoin d'un coeur battant contre le mien,
Lui qui n'aurait pas peur des rapports lesbiens
Et qui prendrait ma bouche dans ses lèvres carmin,
Pour l'instant je n'ai rien du musc ni du tanin.

Depuis un certain temps, je me pose des questions,
Ai-je au moins conservé quelque lucidité,
Car depuis plusieurs mois et sans même sa notion,
Je suis assez tenté par la mendicité.

Des collègues me saluent, ils essaient de m'aider,
Est-il encore besoin de parler vocation ?
A ce stade il me semble que c'est une drôle d'idée,
C'est la vie, c'est comme ça, et c'est plus ou moins con.


                                   (Ecrit dans mon lit, le RER A, le bus 157,
                    puis en salle de classe pendant les quatre heures de cours
                                en matinée du sept décembre deux mille dix).

Correction1 blog                                Correction, stylo-correcteur sur dessin au feutre, format A4, 2011.

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

Sans Congé de Longue Durée
Ils l'ont laissée en rade,
Pour eux c'est la curée :
– Qu'elle crève sur l'estrade !

La petite nuitAlexandre Afonso, La Petite Nuit, stylo-bille sur papier 80g, format A4, 2010.

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

                      DIVORCE A L'AMIABLE


C'est la guerre qui commence dans le bâtiment blanc,
Une part de démence avec le tremblement,
Elle a conté sa fable : à moi d'être fiable ;
Cela est ineffable pour le pauvre diable.

Les scènes de ménage conduisent au carnage,
Tout au fond d'une eau noire où peut-on dire surnage
Un cauchemar qui s'éveille et gronde son orage.
L'enfant pris en otage est le dernier outrage.

Sur le chemin des drames dans les ornières brament
La peine qui réclame et le fils que l'on crame,
Atterré le baigneur dans son propre sang d'encre.
Corps mort et enterré l'amour n'est plus qu'un chancre.

Eclats, bris, impacts, failles, vertébraux, cérébraux,
Il faut qu'elle s'en aille à l'issue du bureau
Car la haine qui se trame est d'une lueur infâme.
Et je prendrai le tram collé au creux d'une femme,

Je balancerai la sauce depuis le fond des couilles,
Or j'aurai mal aux os, tant pis pour ma dépouille.
La réanimation sexuelle en dentelles
N'aura pas eu lieu et restera sans stèle.

Avant elle et le job, il y a quelques années,
Je me sentais un homme, domptais des femmes pâmées,
J'étais vraiment puissant, j'en défonçais des fûts,
Je ne suis plus l'amant et n'ai plus de statut.

Ai-je un fond de vinasse, ai-je un fond de bouchon ?
Enserrés dans la nasse, dans la masse accouchons.
Les enfants jouent toujours comme si de rien n'était,
Comme si chaque jour était un plein été.

Elle a voulu me mettre le pied à l'étrier,
Cette conne aura presque, oui, failli m'étriller.
Elle ne supportait plus mon soit-disant penchant
Pour la passivité, mon aspect "fleur des champs".

Je n'ai jamais compris le monde du travail
Tous ces êtres contrits traités comme du bétail,
Dans la salle du même nom j'ai coupé le cordon
Puis éconduit le nom, nous nous désaccordons.

Chez les boeufs-carotte, t'en manges ça rend aimable
Chez les keufs salope, t'engranges dans ton étable,
Et y'a un truc de sec chez ce type de blanc-bec,
Un avocat du sept qui évoque un ascète.

Sa sécheresse vaginale avait d'équivalent
Ma faiblesse machinale, déficit en talent.
Aigri, plaintif, maso et bientôt sénile,
Moi, ex-proftotype aux jeux de mots débiles,

Je ne trouve plus ces mots au milieu du chaos,
Abruti par les chocs des furies en écho,
Et n'ai dans mon domaine plus rien à transmettre,
Quelle que soit la semaine je ne suis plus le maître.

J'ai perdu la notion du temps et de l'argent,
J'ai donné des leçons, je n'aurais rien vécu,
Ni l'ouverture d'un compte ni l'aventure du cul,
Il y en a qui en ont, j'ignore tout de ces gens.

Voici sans doute là quelque chose de manqué,
Elle me l'a dit hélas que je suis un planqué,
Pourtant la salle de classe ne me verra plus prof
Et l'élève de cette garce a toujours été bof.

Je suis cet écolier, dans mon coin le dernier,
J'ai souillé mon cahier qu'elle avait jugé niais,
J'étais un esclave, j'étais un raté,
Je suis une épave et je suis le quitté.

Je suis le rond-de-cuir usé en fond de culotte,
J'aurais bien essayé mais à rien je n'arrive,
Dans ce passage à vide je cogne la calotte,
J'aurais tout essuyé avant que je me prive.

Je traîne sur le calvaire, en fait très à la traîne,
Etant cette traîne même, faut-il que j'en convienne,
Après l'effroi revient la peine, je n'ai plus le moral,
Putain ce que ça traîne et ça n'en démord pas.

Il y a un poids sur moi, et c'est un poids de vide
En forme de cartable, une poche de liquide,
Sorte de masse sombre, lourde, et qui m'abat.
Je ne songe à rien d'autre qu'à mon prochain repas.

Grâce aux médicaments la Terre est toute plate
Et du Monde indolent les contours sont de ouate,
La paix artificielle se fait avec moi-même,
Oubliant l'essentiel je m'allonge avec flegme,

Seul suave serpent couché avec moi-même
Comme amoureusement lové dans les plis brefs
Où je me banalise et m'étire à l'extrême,
Un pet acide et rêche, et ça c'est tout bénef.

J'ai pris tellement de drogues, je n'ai plus de mémoire,
Elle était assez rogue en vidant les armoires,
Gâcher sa vie ainsi c'est chercher la lanière,
Une manière de scie n'est pas la bonne manière.

Elle se change les idées, elle va partir au ski,
Je mélange les ondées comme un cadavre exquis,
Et la nuit me recouvre de son manteau de neige,
Elle est tranquille et douce, elle fond sur le manège.

Donc une de perdue, zéro de retrouvée,
J'attends sans appétit qu'elles viennent me trouver,
Mais au bout d'insomnies il n'y a toujours personne,
Juste le corps perclus et l'alarme qui sonne

Avec la cloche au loin qui martèle chaque heure,
Depuis l'établissement, le rythme de la peur.
Quant à la demi-heure, c'est un tir de sniper,
Un clou dans mon cercueil à tous les coups vainqueur.

Tout bien mesuré, l'être humain est abject,
Phénomène de rejet quand crissent les insectes,
La douleur est totale, continue et frontale,
Je suis un animal sous le flux des rafales.

Oh, j'aurais pu rêver à une nouvelle vie,
Là sur le canapé prostré en chien de fusil,
En foetus tout craché, c'est mort à mon avis,
Et nulle chance de rester quelque part bons amis.

Je suis triste, si triste, c'est inimaginable,
Je suis aussi détruit et c'est interminable.
Se détruire à petit feu chaque jour un petit peu,
On n'est pas très nombreux mais je dois faire la queue

Comme un robot, comme un zombie,
Comme une photo sur un trombi,
Droit devant je traverse la grille de sortie,
Le piège se referme, il est denté d'orties.

Mes pires ennemis m'auront assez souffert
Et j'ai même été mis à la porte de l'Enfer,
Tout ça n'est pas très fun comme disent les surfers,
J'ai beau sentir le foehn, ça finit sous les fers,

Me renvoie à l'école, je parle à mon problème,
Maintenant que je picole mes souvenirs sont blêmes,
L'ensemble est ralenti et c'est assez pénible,
Depuis qu'elle est partie la chose est impossible.

Je suis un sans abri, j'ai perdu la partie.
– Il court comme un cabri, l'enfant de la patrie !
Même ça c'est mal dit et j'ai manqué l'exil
Vers le vert paradis, ville natale ou bien île...

A force d'absorber un max de liqueur,
Je voudrais me loger une balle dans le coeur,
A moins que dans la tête, ce n'est pas mal non plus,
Mais trêve de sornettes, il faut aller au jus.

N'ayant eu aucun goût spécial pour le néant,
Le suicide est un leurre, la vie est préférable,
Et je me tiens debout autant que sur séant,
Malgré tous les malheurs ça reste à peu près stable.

Impensable est la fuite, il reste son parfum,
Qui attendra la suite, il est temps, je mets fin.
Pas de deuxième chance, pas de deuxième souffle,
Néanmoins je relance la boule de ma moufle.

Pourquoi ça continue ? C'est le continuum,
Le chant du canard nu à la tête coupée,
L'éréthisme fluvial et le pandémonium,
La tautologie pâle et le double loupé

Pour qui n'est qu'un légume traversé de lacunes,
Bavant sa maigre écume dans la boue des lagunes
Où des hominidés ont rompu toute digue,
Je ne suis plus guidé que par la longue fatigue,

Je tourne en rond dans mon bocal,
Dans ma prison tout est bancal,
Je radote, et bientôt c'est n'importe quoi,
Je radote et bientôt je ne sais plus sur quoi.

La relation est désastreuse,
La mer est houleuse,
Ils ne se rangeront plus en rang
Comme des petits soldats


                      (Ecrit sur place en mars 2011
          dans les conditions et les plages horaires
                       du fonctionnaire en service)

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|

Détail 4 couv blog


LA SUITE PROFESSORALE
est toujours disponible en version papier.

Pour obtenir un exemplaire,
il suffit d'en faire la demande par mail :
hervefederspiel@yahoo.fr

dans LA SUITE PROFESSORALE | Lien permanent | Commentaires (0) | TrackBack (0)

|